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Can Mitrofan, el blog de Joan-Daniel Bezsonoff

el 25-11-2018 18:05

La fi del món

L’Indépendant, diumenge 25 de novembre del 2018

 

 

 

 

 

               

 Tinc entès que, en la Xina imperial, prohibien la música perquè emocionava massa la gent. Per la meva part, prohibiria el film de Kramer ‘’ L’hora final ‘’(coneguda en francès sota el títol ‘’ Le dernier rivage.’’) una obra asfixiant i angoixant amb artistes com Ava Gardner, Gregory Peck, Fred Astaire i Anthony Perkins. Se suposa que el 1963 una tercera guerra mundial ha devastat el nostre planeta. Només qualques terres a l’hemisferi sud com Austràlia i l’Argentina s’han escapat del cataclisme.

 

Són condemnades, però, perquè les radiacions mortals van baixant cap al sud. Durant el film, presenciem l’agonia llarga d’alguns australians. Encara recordi la desesperança d’una jove mare que no es resigna a la mort de la seva nina que acaba de nèixer. Ni l’humor de Fred Astaire aconsegueix alleugerir l’atmosfera de la pel·lícula on les notes de la cançó Mathilda, popularitzada per Francis Lemarque, sonen melangioses.

 

Durant molts anys, he fet el mateix malson on les imatges del film se superposaven en la realitat.M’imaginava un Rosselló totalment despoblat, sense gent ni bèsties. Horrible…Mai no n’hauria parlat si un col·lega no m’hagués confiat que On the beach (el títol original) li havia provocat malsons semblants. Oblideu aquest film tòxic i espieu ‘’ Vacances romanes ‘’ amb Gregory Peck i la deliciosa Audrey Hepburn. <!--EndFragment-->

 


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el 23-11-2018 19:21

Gaston, son papet et la langue provençale

 

 

 

 

Quand Gaston naquit en1963, son papet avait cinquante-trois ans. Selon la terminologie de l’époque, il était cultivateur à Pampérigouste, village du Vaucluse dans le canton de Cucuron-les-Olivettes. Bien qu’il ne possédât que cinq hectares de vignes et d’oliviers, Baptistin Olive avait suivi des études poussées pour un paysan provençal de sa génération. Après son certificat d’étude, il avait obtenu son brevet élémentaire à l’école supérieure d’Avignon. Il y avait appris l’anglais qu’il lisait couramment mais qu’il ne parla jamais faute de pratique. Entre les deux guerres, les Britanniques se cantonnaient à la Côte d’Azur et évitaient l’arrière-pays où seuls s’aventuraient les peintres et quelques amateurs d’archéologie. Dès son plus jeune âge, Gaston aimait son papet à la passion. Troublé par son environnement bilingue franco-provençal, le petit Gaston parla fort tard. Les villageois, inquiets, s’exclamaient : ‘’ Paure pichon, es mut. ‘’   

Gaston aurait préféré orthographier ‘’ pichoun ’’  à la manière des félibres mais M Bezsonoff l’avait convaincu d’adopter la graphie classique plus proche de son cher catalan.

Quand sa sœur Camille naquit, Gaston se mit à régresser. Il attendit que la petite parlât pour l’imiter. Gaston veillait jalousement sur son idiolecte. Il appelait les vaches ‘ meu-meu’, les chevaux ‘chevaches’ et devenait tout rouge quand il apercevait une Ami 6 jaune comme celle de son grand-père. Il s’écriait ‘ To-papet, to-papet.’  Le papet, ému, disait ‘’ Aqueu pichòt es fòu de ieu. ‘’

 Peut-être Gaston aimait-il tellement son grand-père à cause de la froideur du commandant Aubanel, rendu amer par la perte de l’Indochine et de l’Algérie. Il s’enfermait dans son bureau où il lisait Jacques Bainville, Montesquieu en méditant sur la fugacité des empires. Il ne s’occupait de son fils que pour lui décocher une tarte. Bien qu’il parlât admirablement le provençal, le commandant, natif de Mallefougasse, village à une vingtaine de kilomètres au sud de Sisteron, avait défendu à ses beaux-parents de s’adresser dans cette langue à leurs petits-enfants. Sur le fond, le papet, comme tant de méridionaux, ne lui donnait pas tort mais le pauvre homme, malgré ses efforts, oubliait la consigne de son gendre. Il racontait des histoires merveilleuses. Il évoquait souvent son service militaire en Algérie et la beauté du littoral oranais. Il avait fait son régiment chez les tirailleurs à Mostaganem. Quand il lui racontait sa campagne de 1940, c’était à hurler de rire. Gaston l’accompagnait dans le moindre de ses déplacements. À Avignon, à la banque, à la coopérative, chez le boulanger. Il se gorgeait de provençal. Il aidait le papet à la vigne. En juin, il quittait l’école une semaine avant la date légale pour cueillir les abricots. Gaston aimait son grand-père d’un amour profond, sans y penser, comme un chaton insouciant qui joue avec les papillons. 

 


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el 21-11-2018 16:16

Le dernier des Occitans

 

 

 

 

Gaston avait connu M Bezsonoff à Tournon-sur-Rhône. Il était fatal qu’ils s’y rencontrassent puisque les deux hommes y pèlerinaient souvent. Bezsonoff à la recherche de sa jeunesse et d’un amour perdu. Gaston en quête du dernier des Occitans.

 

  Dans sa quinzième année, après avoir découvert les possibilités littéraires infinies du provençal à travers Mireille et les chansons de Victor Gelu, Gaston avait lu Mistral ou l’Illusion de Robert Lafont, lecture qui l’avait passionné. Il y avait trouvé un épisode touchant rapporté par Charles Maurras. Alors que Mistral mettait la dernière main au Poème du Rhône, il était parti pour le Vivarais afin d’y rencontrer les derniers témoins de la batellerie sur le fleuve. Il voulait y recueillir les termes techniques, l’argot, les tournures, les locutions et expression des bateliers rhodaniens d’antan. Dans une cabane, au bord du fleuve, du côté de Condrieu, un vieillard lui dit :

  —Maître, je vous attendais…

Mistral passa quelques jours avec le brave homme et collecta tout son trésor. De retour à Maillane, il écrivit au vieillard pour le remercier. La lettre lui revint avec cette mention sur l’enveloppe ‘’ Destinataire décédé.’’    

 

  Touché par cette histoire, Gaston, après son service militaire, partit sur les traces du maître, muni d’un exemplaire du Poème du Rhône. Gaston connaissait déjà Valence, chanté par Folco de Baroncelli et Bezsonoff. En revanche, il ignorait tout de la rive droite du Rhône.

 

Il découvrit un pays aussi mélancolique que Le Grand Meaulnes mais il n’y rencontra point Mlle du Galais. Il connut simplement les vignes de Saint-Péray, la plus petite appellation de France, un vin mousseux cher à Richard Wagner à moins que ce ne fût Jean-Jacques Rousseau. Les ruines du château de Crussol se tendaient au sommet d’une falaise, luttant victorieusement pour l’instant contre l’éternité qui attendait son heure. Le village de Saint-Péray, sans caractère particulier avec ses maisons basses et ses jardins tristes, lui rappela bizarrement Vargèse, station savoyarde où Tintin passe ses vacances avec le capitaine Haddock avant de s’envoler vers le Tibet.

Sans même y penser, Gaston, au volant de sa R.5 turquoise que lui avait offerte le papet, arriva à Tournon en suivant la nationale 86. Il entra dans la ville par le quai Gambetta. La façade du lycée sur le fleuve l’impressionna. On eût dit des arsenaux royaux. Il se gara sous les arbres du quai Farconnet, au pied du château. Il se se sentit bien, avec un rien de mélancolie. Personne ne parlait provençal dans les rues. Les gens avaient presque le même accent qu’à Lyon sans intonations méridionales bien qu’ils fussent plus expansifs que leurs voisins.

 

Gaston passa devant l’hôtel du marquis de la Tourette, une survivance de la vieille France avant le grand massacre fraternel. Il se recueillit dans la collégiale Saint Julien sans s’intéresser aux tableaux qu’il prit pour des croûtes. Il ne connaissait rien à la peinture. Gaston déambula dans la Grand-Rue et se réjouit qu’il y eût autant de boutiques. Il entra dans un salon de coiffure. La coiffeuse, une jolie blonde, lui fit la conversation. Elle s’était présentée au CAPES de mathématique avant d’opter pour l’art de coiffer. Quelle beauté et quelle sagesse ! Gaston regretta que Bandol fût si loin de Tournon. Il n’allait pas se lancer dans une aventure qui le(s) meurtrirait. Quand il le fallait, Gaston pouvait s’abaisser jusqu’à l’écriture inclusive…

 

 Il pénétra dans une bonbonnière qui faisait office de librairie. La librairie Courtial était petite mais bourrée de livres. Quelques volumes de la Pléiade, des dictionnaires, les nouveautés, des manuels scolaires, des livres de poche et un rayon régional bien fourni. Il acheta l’histoire de Tournon par le docteur Francus et une vieille édition du Guide Bleu de la vallée du Rhône.

Quelques mètres plus loin, il aperçut un magasin de vêtements, nommé Decoux comme l’amiral d’Indochine. La boutique semblait intacte depuis la Restauration. On y trouvait du linge de qualité supérieure, des robes de chambre, des tapis, des chemises et de charmants mouchoirs.

Gaston passa sous la porte des Barrys, au nom si provençal malgré le y incongru. La place Carnot lui plut avec son vieux cinéma, ses platanes, ses bancs, son kiosque, ses maisons de notaires. 

 

Il décida de séjourner dans la ville et s’informa d’un hôtel. Deux badauds lui recommandèrent les Azalées, établissement sis avenue de la Gare. Une bonne adresse bien que les prix, même en basse saison, fussent exagérés. Il entra, paya trois nuitées avec petit-déjeuner compris et, sur la terrasse qui donnait sur la rue du Mail et un lycée privé, il aperçut un poussah poussif, un bouddha bedonnant qui lisait Le Dauphiné Libéré. C’était Joan-Daniel Bezsonoff, auteur de romans coloniaux et d’un dictionnaire provençal-catalan dont Gaston se délectait.

  —Mestre, lui dit Gaston en catalan, soc un lector i admirador vostre. He llegit tots els vostres llibres.

  —Llegir-los rai…El principal és comprar-los…

 

 


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el 18-11-2018 13:43

Gaston et la presse

 

 

 

Quand il était petit, Gaston aimait déjà la presse. Outre le journal régional de la province où son père était en garnison, le petit Gaston lisait les revues auxquelles étaient abonnés ses parents : Terre Air Mer, le magazine des armées ; La Revue Historique des Armées ; Le Point. Sa passion pour l’histoire lui vint sans doute de la lecture assidue d’Historia, de ses suppléments et des collections spéciales des éditions Tallandier comme La Guerre d’Algérie, Le Journal de la France et Les Combats d’Israël.

Son père, qui professait un mendésisme indéfectible et surprenant chez un officier supérieur, lisait Le Monde. Gaston trouvait ce journal sans photographies très austère et ne commença à l’apprécier que vers sa quinzième année.

L’été chez son papet Baptistin à Pampérigouste, il subissait la double influence contradictoire du Pèlerin et de l’Agri, journal agricole des Pyrénées Orientales (un pays frère de la Provence) que recevait son grand-père qui aimait son métier de paysan et souhaitait se tenir au courant des améliorations techniques.   

Quand le Tour de France escaladait le Ventoux, Gaston accompagnait le papet sur les pentes mythiques. La caravane lançait des gadgets, des stylos, des casquettes, des journaux sportifs et des numéros de Ciné Revue, où apparaissaient des actrices dénudées. Gaston avait été émerveillé par la beauté de Corinne le Poulain, de Jayne Mansfield, de Gina Lollobrigida et de Catherine Rosier. Le papet, très dévot, lui avait ordonné de jeter ’ aquelei salopariás ‘,  

À l’avant-dernière page de l’Agri on pouvait admirer des jeunes femmes légères et court vêtues. Gaston n’oublierait jamais le tableau de deux jeunes Australiennes se rendant sur un champ de courses en petite tenue avec un porte-jarretelles exquis. Ah, les splendides créatures ! Élevé dans un catholicisme strict, presque espagnol bien que son père fût un fameux lapin, Gaston n’avait aucun contact avec la gente féminine. Il se consolait en feuilletant le catalogue de la Redoute et Télé 7 jours. Faute de mieux, il lisait Le Point, hebdomadaire issu d’une hérésie d’anciens journalistes de L’Express. Le Point était moins docte, plus moderne, plus agile que l’Express, navire amiral vieillissant qu’il feuilletait chez Cyrille, le coiffeur.

Bien qu’il se crût encore de gauche, Gaston était agacé par l’idéologie du Nouvel Observateur, un des journaux responsables de la perte de l’Algérie. Gaston détestait ces bourgeois infatués qui se donnaient le grand frisson en rêvant à Pol Pot et au Che. Leurs goûts musicaux, littéraires, cinématographiques le débectaient. Seul Bernard Frank trouvait grâce à ses yeux. Sans le savoir, Gaston galopait derrière les hussards. Il ne lui restait plus qu’à découvrir les romans de Montherlant.  

 

 

 


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el 05-11-2018 19:39

Gaston et la chose publique

 

    Mme Aubanel, la maman de Gaston, avait toujours professé des opinions conservatrices jusqu’au jour où son mari lui avait cassé un balai sur le dos, en l’accusant d’être coresponsable de la mort du président Kennedy.

Durant toute sa jeunesse, Gaston avait cru qu’il était de gauche. Comme tous les gens bien. Il s’était même réjoui de la victoire de François Mitterrand en 1981. Il n’appréciait pas Giscard d’Estaing, détestait Raymond Barre et méprisait Jacques Chirac. Chez Mitterrand, dont il avait Iu La paille et le grain, il aimait le mystère, l’élégance, l’alacrité intellectuelle, la culture, l’humour.

 

Progressivement Gaston finit par mieux se connaître. Il lut les romans de Robert Brasillach, déplora son exécution. Il découvrit, émerveillé, Les deux étendards de Lucien Rebatet et son Histoire de la musique. Dans la foulée, il s’intéressa à Maurras sans choir dans l’antisémitisme du maître. Comment aurait-il pu haïr des gens qu’il ne connaissait point ? Ce fut l’affaire de Nouvelle Calédonie qui l’éclaira.

 

Bien qu’il se considérât comme un indépendantiste provençal (avec ou sans le reste du midi qu’il avait du mal à appeler Occitanie) Gaston s’aperçut, honteux et piteux, qu’il désirait intellectuellement l’indépendance du Caillou mais sentimentalement il voulait que cet archipel restât français. La fréquentation des Pieds Noirs, nombreux sur les côtes de Provence, et des amis de son père, anciens de l’Indo et de l’Algérie, le convertirent anachroniquement à la cause de l’Algérie française. Gaston avait du mal à gérer ses contradictions. Faute de mieux, il avait fini par les accepter. Il avait acquis la certitude que la vérité est glissante et lui échappait souvent des mains. Gaston s’abstenait donc de toute profession de foi puisque les débats contradictoires ne servaient à rien. Depuis belle lurette, il ne votait plus sauf quand il avait des relations amicales avec un candidat. Gaston aimait les gens tels qu’ils étaient et non tels qu’il aurait aimé qu’ils fussent.       

 

 

 

 

 

 

 


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el 02-11-2018 17:44

La millor llibreria de França

Text escrit arran dels 40 anys de la llibreria 22 de Girona                                     

 

 

 

  Tenia vint anys i estava enamorat de la Sandra. Ella no em corresponia. Per consolar-me a mitges, solia anar a la Sorbonne, la millor llibreria de Niça a cinc minuts del lycée Masséna on preparava les oposicions d’ingrés a l’École Normale Supérieure.  El senyor Serra (quin nom més francès !) regentava la llibreria i tot un petit imperi.

A més de la casa pairal vora la Sorbonne Disques, ambdues situades a la Rue de l’Hôtel des Postes, també posseïa a la Rue du Lycée una llibreria de vells  —claferta de guies antigues, de mapes de països desapareguts, d’obres completes d’autors desconeguts— davant de la pastisseria Carrasco i vora el cafè Le Village. Quin home més simpàtic aquell Jimmy, l’amo del bar, amb el seu somriure permanent i els seus bigotis intermitents 

A pocs metres, tombant la Rue Gioffredo (el carrer més gris de la Costa)  a mà dreta, es trobava la papereria de la Sorbonne.  El senyor Serra acabava d’obrir a Canes (no podeu saber com em costa escriure amb una sola ena el nom de la ciutat de la meva adolescència…)  un annex.

Recordo que passava per la Sorbonne quasi cada dia.  La llibreria

donava al jardí de l’Square Wilson, deliciós a l’estiu quan els seus dolls revocaven la calda per tota la nit. 

A l’entrada t’acollien a dreta els volums de la Pléiade, a mà esquerre la secció sobre Niça i la Provença, amb alguns llibres en occità, sobretot clàssics provençals del segle XIX. Llavors, arribaves a un petit amfiteatre amb la literatura francesa, en tota la seva majestat. De l’edat mitjana fins als llibres més recents. A sota, en la foscor, una morena magnífica es cuidava dels llibres de butxaca. Tenia un aire de la Sandra. Sempre portava jean’s i jerseis blaus. La venda dels llibres de les col·leccions Livres de Poche, Folio, J’ai Lu, Pocket, 10-18, Point-Seuil no alterava la seva bellesa tot i que passava la meitat de la setmana a les enfosques.

Al celler regnaven les literatures estrangeres en versió original en les principals llengües del continent. Els russos blancs encara vivien i podien trobar molts llibres en la seva llengua. El senyor Serra no havia descuidat el català. Li vaig comprar Bearn, en l’edició del Club dels Novel·listes, i El dia que va morir Marilyn de Terenci Moix.  

Em meravellava que el català, el català tan rural del padrí, pogués també servir per expressar la modernitat.

Al primer pis, s’havien instal·lat la filosofia, la història, la geografia, la literatura en francès antic, els autors grecs i llatins en la col·lecció Budé, inspiradora de la nostra  Bernat Metge.

Quan havíem de traduir una versió llatina massa complicada, cercàvem la traducció als volums de la Budé. Un bon llatinista amb cinc minuts identificava l’època de l’autor. El llatí imperial ja no és el llatí ciceronià que difereix de la llengua arcaica d’un Enni o d’un Plaute i, en certa manera, d’un Sal·lusti. Amb deu minuts, ja endevinàvem l’autor i el títol de l’obra. Una ullada a la Sorbonne ens permetia de desembullar les dificultats de la traducció.

 

     Els anys van passar i van allunyar-me de Niça. Hi torno cada cop que puc. En arribar, corro tot seguit a la Sorbonne.

Un dia, un funcionari d’Hisenda va detectar algunes anomalies en la gestió de la Sorbonne. 

El llibreter no es va deixar esquilar. Els jutges li van donar la raó però, durant aquells anys de procediments, ja s’havia arruïnat. Va voler suïcidar-se. Va resistir a la temptació perquè havia llegit Cioran. Va haver de vendre totes les seves llibreries. Només es va quedar amb la Sorbonne universitària on, melangiós, va vendre llibres de segona mà evocant el passat gloriós amb clients distrets i nostàlgics.

 

 

El darrer cop que el vaig veure, vaig agrair-lo.

  —Monsieur Serra, vostè va il·luminar la meva joventut. La seva llibreria era potser la millor de França. A més, hi treballava una noia maquíssima.

   —Era la meva filla…

 

Ara, me’n vaig a can Terribas. Fem una cervesa tot parlant de llibres, de films i de la Martine. El senyor Serra ja no és d’eix món. Se’n va anar al país on tothom pot llegir en totes les nostres parles humanes sense que et vingui a molestar un funcionari perepunyetes.

 

 

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el 14-10-2018 15:33

Vells i joves

L’Indépendant,   diumenge 14 d’octubre del 2018              

                                         

 

 

 

 

    Horaci al seu Art poètic ja parlava del ‘laudator temporis acti’, aquest home que tots coneixem que sempre celebra el passat. Quan era petit, m’agradava xerrar amb els vells de l’indret. Gràcies a ells, vaig aprendre català sense cansar-m’hi. Deien una frase en francès abans de passar al català sense adonar-se’n. El vell Julià m’explicava la batalla de Verdun. Pensar que ara passaria a la televisió. En Robert, el seu fill, em parlava de la seva estada a la Prússia Oriental al temps de l’STO. Més tard, vaig conèixer vells Pieds Noirs que evocaven llur joventut a Alger o Orà. Quan vaig anar a la Universitat Catalana d’Estiu de Prada, enraonava durant hores amb vells barcelonins que havien conegut les horrors de la guerra civil espanyola. Els agradava carallejar per oblidar la nit del franquisme que havien travessat amb dignitat.  

Des de fa uns deu anys si fa no fa, pertanyi a la generació dels ‘vieux cons.’ He notat en la meva vida privada, professional, durant els meus viatges per França, Catalunya i Itàlia que el jovent d’ara no té costum de fer-se amb els vells. Hi ha com una trencadissa, un abisme a partir de l’edat de trenta anys. Crec de debò que ha nascut una nova humanitat que gira l’esquena a les velles generacions que van viure en temps antidiluvians en què no existien Internet, els mòbils, les cartes de crèdit. Ni saben qui eren Jean Gabin, Fernandel, Bourvil sense parlar de Louis Jouvet o Pierre Fresnay. Com més va, més em sembla que visc en un museu, fidel a tot un teatre d’ombres.

 


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el 01-10-2018 20:47

En la mort de Charles Aznavour

                                             

 

 

  

    Avui estic trist. Associï totes les dones que he estimat amb una cançó de Charles Aznavour, com una estela perduda al fons d’un vell jardí. A l’agost del 1989 quan mirava d’oblidar na Chantal, vaig comprar una cinta del mestre a la passejada de Valença que ja té aires de Barcelona. Quantes hores vaig escoltar ‘ Sur ma vie ‘ que em servia de viàtic enmig del meu camp de ruïnes. Amb Aznavour, la desesperança amorosa s’expressa a través de les paraules de cada dia, amb imatges elementals. És una melangia plujana. ‘ À l’âge où je portais que mon cœur pour toute arme. ‘ Els antiherois d’Aznavour no treien cap lliçó de la vida. Continuaven avançant, estimant perquè era el seu destí.

Quan em vaig enamorar de na Nadine, les cançons d’Aznavour van acompanyar-me com les estacions d’una via-crucis.  

  ‘’  De t'avoir aimée, de l'âme et des yeux/ A en oublier, jusqu'au nom de Dieu /  Pour ne plus avoir, qu'un nom à crier/ Que me reste-t-il, de t'avoir aimée ?  ‘’  Profundament cristià, Aznavour sabia com l’amor ens pot allunyar de Déu o de la raó. Fóra massa llarg evocar l’actor que encarnava els modestos, els petits. En el moment de dir-li adéu, recordi el somriure trist i resignat del pobre boig de ‘ La tête contre les murs. ‘

Aznavour era un vell oncle, ple d’humanitat, que ens acollia, repetint-nos amb una melangia amagada que res no valia la vida. 

 


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1. Fanny39  le 02-10-2018 à 14:19:56  (web)

Un grand hommage à Charles Aznavour qui a été et restera un des plus grand chanteur français de sa génération

 
 
 
el 01-10-2018 20:44

Adieu à Charles Aznavour

 

 

 

 

    Aujourd’hui je suis triste. J’associe toutes les femmes que j’ai aimées à une chanson de Charles Aznavour, comme une stèle perdue au fond d’un vieux jardin. En août 1989 quand j’essayais d’oublier Chantal, j’achetai une cassette du maître sur les boulevards de Valence-sur-Rhône qui ont déjà des airs de Barcelone. Combien d’heures ai-je écouté ‘ Sur ma vie ‘ qui me servait de viatique au milieu de mon champ de ruines ? Avec Aznavour, le désespoir amoureux s’exprime à travers des mots de tous les jours, des images élémentaires. C’est une mélancolie qui sent la pluie. ‘ À l’âge où je portais que mon cœur pour toute arme. ‘ Les anti-héros d’Aznavour ne tiraient aucune leçon de la vie. Ils continuaient à avancer, à aimer parce que c’était leur destin.

Lorsque je m’épris Nadine, les chansons d’Aznavour m’accompagnèrent, stations d’un chemin de croix.  

  ‘’  De t'avoir aimée, de l'âme et des yeux/ A en oublier, jusqu'au nom de Dieu /  Pour ne plus avoir, qu'un nom à crier/ Que me reste-t-il, de t'avoir aimée ?  ‘ Profondément chrétien, Aznavour savait combien l’amour peut nous éloigner de Dieu ou de la raison. Cela prendrait trop de temps d’évoquer l’acteur qui incarnait les petits, les modestes. Au moment de lui dire adieu, je me rappelle le sourire triste et résigné du pauvre fou de ‘ La tête contre les murs. ‘

Aznavour était un vieil oncle, plein d’humanité, qui nous accueillait, en répétant avec une mélancolie dissimulée que la vie malgré tout valait la peine d’être vécue.

 


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1. anaflore  le 02-10-2018 à 07:53:12  (web)

Bravo pour la photo du hommage du jour

2. elena13  le 02-10-2018 à 10:18:33  (web)

Bravo pour la photo du jour !!!

3. papy_daniel  le 02-10-2018 à 12:01:13  (web)

BRAVO POUR LA PHOTO DU JOUR

J'avais onze ans quand j'ai entendu ce chanteur pour la première fois avec une chanson au titre je crois " reste au creux de mon épaule ".

papidaniel

 
 
 
 

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